Affichage des articles dont le libellé est Opinions. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Opinions. Afficher tous les articles

dimanche 4 janvier 2015

La Belgique n'a pas de problème budgétaire; elle a un problème fiscal

Michel Gevers, Professeur émérite de l'UCL et Docteur Honoris Causa de la VUB. Un point de vue à diffuser et à partager... à sa demande.
La Belgique n'a pas de problème budgétaire; elle a un problème fiscal
Depuis des années, le monde politique, le patronat et la presse nous assènent que la Belgique a un immense problème budgétaire. Le budget de l'état présente un déficit de 14 milliards; l'Europe nous menace de sanctions. On a fait croire à l'opinion publique qu'il faut faire des sacrifices, qu'il faut sabrer dans la sécurité sociale parce que c'est la crise. Et "la crise" est présentée comme une loi de la nature: c'est venu tout seul, personne n'en est responsable. On évite bien sûr de dire que "la crise" est le résultat tout à fait prévisible de trente ans de dérégulation et de néolibéralisme initiés par Reagan et Thatcher.
Or la Belgique n'a aucun problème budgétaire. Elle a un problème fiscal parce que ces mêmes Reagan et Thatcher ont un jour décidé qu'il était inacceptable que les plus fortunés d'entre nous paient autant d'impôts que la classe moyenne, et que nos dirigeants belges et européens, libéraux et conservateurs, les ont suivis et ont organisé l'évasion fiscale. Pendant 12 ans, Didier Reynders a mis en place ou renforcé des mécanismes qui permettent aux gens très fortunés et aux sociétés qui font les plus gros bénéfices de ne payer quasiment aucun impôt: abaissement des taux d'imposition sur les gros revenus, précompte "libératoire" (le joli mot!) à un taux très bas, intérêts notionnels, et autres mécanismes ont été mis en place pour que les riches deviennent de plus en plus riches. Ceci explique que les très riches français viennent s'installer en Belgique, paradis fiscal pour les très fortunés et pays de la rage taxatoire pour tous les autres.
Lorsqu'il y a deux ans il a été révélé que le baron Albert Frère avait payé moins de 300 EURO d'impôts sur toute l'année, son adjoint a expliqué qu'il n'y avait eu aucune fraude, que c'était légal. C'est à cela que sert un ministre des finances libéral, à rendre l'évasion fiscale parfaitement légale. Il y a quelques jours, grâce aux chiffres de la Banque Nationale, nous avons appris qu'une femme de ménage paie infiniment plus d'impôts que la société Inbev ou le holding GBL d'Albert Frère, qui tous deux ont payé 0 EURO d'impôts sur des bénéfices de 1.748 millions et 845 millions d'euros, respectivement. Le groupe Telenet a été moins chanceux : il a quand même dû payer 0,4% d'impôts sur un bénéfice de 4.317 millions d'euros. Le dossier LuxLeaks nous apprend comment l'évasion fiscale organisée par nos Ministres des Finances permet aux grosses sociétés et aux plus riches d'échapper à l'impôt, ce qui oblige les travailleurs à payer des impôts exorbitants pour pouvoir notamment offrir un avion gratuit au baron Albert Frère.
Les mécanismes mis en place pour que les grosses sociétés ne paient quasiment pas d'impôts représentent un trou dans les finances de l'état qu'on évalue à 12 milliards. La fraude fiscale et l'évasion fiscale des particuliers est estimée à un montant de 8 à 12 milliards. C'est donc environ 20 milliards d'euros qui échappent aux recettes de l'état par la volonté du pouvoir politique, et en particulier des partis libéraux. Et cette somme va encore augmenter avec les nouveaux cadeaux fiscaux du gouvernement Michel.
On n'a jamais montré que les intérêts notionnels avaient créé un seul emploi en Belgique. Par contre, ces intérêts notionnels, maintenus contre toute attente par notre nouveau gouvernement néo-libéral, vont coûter des milliers d'emplois perdus. Car en effet, pour compenser le trou de plusieurs milliards qu'ils créent dans les recettes de l'état, le gouvernement a introduit des réductions budgétaires massives qui vont mettre des milliers de travailleurs au chômage. Les institutions culturelles, la recherche scientifique, les chemins de fer, le CRIOC, les entreprises publiques, tous vont devoir réduire leur personnel ou tout simplement disparaître, comme c'est le cas de BELSPO et du CRIOC par exemple.
A côté de ces pertes d'emploi sèches, ce sont plusieurs millions de travailleurs belges qui vont voir leur salaire réduit ou leur coût de la vie augmenté, alors même que la Belgique n'a aucun problème budgétaire, mais un problème fiscal : le gouvernement ne veut pas taxer les riches. Plutôt que de taxer la totalité des revenus, il ne veut taxer que les salaires et les allocations sociales. Lorsque, sous les gouvernements précédents, les partis de gauche demandaient de taxer de la même manière les revenus du travail et du capital, les libéraux s'y sont farouchement opposés. La raison? << C'est trop compliqué. Les riches ont des armées d'avocats qui leur permettront d'évader l'impôt. Et puis la Belgique n'a pas de cadastre des fortunes. >> Depuis 30 ans qu'on nous dit cela, on aurait pu établir ce fameux cadastre des fortunes, comme d'autres pays l'ont fait.
On nous a donc fait croire que la Belgique a un énorme problème budgétaire, et le gouvernement Michel a décidé que, plutôt que de faire contribuer les très riches et les sociétés qui font d'immenses bénéfices non taxés, il allait déclarer la guerre aux personnes qui travaillent ou qui essaient de travailler. C'est une lutte des classes d'une rare violence qui est enclenchée par ce gouvernement, soutenu par la FEB et le VOKA. Saut d'index, blocage des salaires, atteintes aux pensions, limitation de l'accès aux soins de santé et à la culture, suppressions massives d'emplois : tout est fait pour appauvrir la population et décourager ceux qui veulent travailler de le faire. C'est ainsi que les 50.000 personnes qui, pour échapper au chômage, acceptent de travailler à temps partiel alors qu'ils cherchaient un temps plein reçoivent une allocation complémentaire (appelée AGR) pour s'assurer qu'ils ne gagnent pas moins en travaillant qu'en chômant. Le gouvernement a décidé de décourager ces personnes, essentiellement des femmes, en réduisant cette allocation.
Pour faire accepter par l'opinion publique cette dégradation des services et ces baisses considérables du pouvoir d'achat, le gouvernement utilise une vieille arme de propagande. Il ne dit pas << on va démanteler, on va licencier, on va réduire, on va attaquer, on va appauvrir >> ; non, il dit << on va moderniser >>. On va moderniser le marché du travail, on va moderniser le régime des pensions, on va moderniser la SNCB, on va moderniser les institutions scientifiques et culturelles. La déclaration gouvernementale reprend 93 fois les mots moderne et moderniser ! Bien joué : même les éditorialistes tombent dans le panneau et écrivent à leur tour qu'il faut << moderniser >> la sécurité sociale et le marché du travail, alors que ce mot ne veut évidemment rien dire.
Comble de l'ironie : ce gouvernement qui veut moderniser est en retard d'une guerre. Car aujourd'hui tous les grands économistes et même les milieux financiers, FMI en tête, affirment que ce qui a plongé l'Europe dans la misère en générant des dizaines de millions de chômeurs, c'est la politique d'austérité menée depuis 2008. Seuls des investissements publics massifs et une augmentation du pouvoir d'achat sont susceptibles de relancer la demande et de sortir l'Europe du marasme. Même les économistes libéraux belges, qui ont inventé ou soutenu les intérêts notionnels, reconnaissent aujourd'hui leurs erreurs. Mais le gouvernement Michel n'a rien lu de ces discours trop modernes pour lui, il n'a pas lu Thomas Piketty qui montre que nous sommes sur le point de retrouver le niveau d'inégalités d'avant 1914, et qui en explique si bien les mécanismes.
Conclusion : la Belgique n'a aucun problème budgétaire. Il n'y a donc aucune raison de s'attaquer à notre système de sécurité sociale, notre recherche, nos institutions culturelles, ou la SNCB. Il suffit de faire en sorte que les personnes les plus riches soient taxées comme le reste de la population et que les entreprises bénéficiaires contribuent à l'impôt. Oublions donc la déclaration gouvernementale et donnons à lire à nos ministres les analyses d'aujourd'hui pour qu'il abandonne ses idées archaïques, qu'il s'excuse et qu'il démissionne. Cet accord de gouvernement n'était qu'un mauvais rêve !

Michel Gevers
Professeur émérite de l'UCL et Docteur Honoris Causa de la VUB
Le 6 novembre 2014
Mail : Michel.Gevers@uclouvain.be

lundi 17 novembre 2014

Bart ou le vol du coucou 17/11/2014 à 10:24 - Mis à jour à 10:50 Source: Le Vif

Bart ou le vol du coucou

 Honni soit qui mal y pense mais ce Royaume danse sur un volcan. Il faudrait en tout cas être aveugle, sourd et complètement indifférent à la chose publique pour ne pas comprendre qu'en quarante jours à peine, la N-VA de Bart De Wever (1) a déjà réussi à mettre en oeuvre une tactique redoutable héritée de... Lénine et de Trotsky.

Baptisée "entrisme", la stratégie consiste tout simplement à noyauter jusqu'au trognon un groupe concurrent pour le soumettre dans un premier temps ; l'amener à l'anéantissement dans un second.
En quelques semaines à peine, les populistes flamands ont pris le contrôle du gouvernement central
Très clairement, en quelques semaines à peine, les populistes flamands, usant de cette technique du coucou, ont pris le contrôle du gouvernement central. Tenant de la sorte le pays détesté, ils engagent (avec l'assentiment idéologique du reste de la coalition qui croit peser sur la décision et être en mesure de stopper les appétits séparatistes de son boulimique partenaire) une série de réformes dont on voit bien qu'elles ne seront à terme profitables qu'à leurs futurs intérêts "nationaux". Cela accompli - et pour autant que la majorité de leur "peuple" les soutiendra... -, ils créeront alors la rupture et l'explosion finale. Ce n'est peut-être pas écrit dans le ciel. Mais ce l'est à tout le moins dans leur programme. Et chacun aura l'honnêteté de reconnaître qu'il était au moins prévenu.
Donc, en fait d'entrisme, celui de la N-VA est d'abord fiscal et mercantile. Formellement - cette bonne blague ! -- point d'institutionnel au menu du gouvernement Michel. Car avant de réussir à justifier par l'absurde que la seule issue est un Etat flamand confédéré au pire, indépendant au mieux, De Wever et sa garde rapprochée entendent nettoyer les "écuries". Comment ? En repoussant vers l'assistance publique, par des lois quasi victoriennes , les "nuisibles", les "profiteurs", les "junkies" (essentiellement wallons et bruxellois) et les "parasites" de toutes couleurs de peau qui "grèvent" le vieil Etat providence. En vendant ensuite les derniers bijoux de famille (Proximus, SNCB....). En renforçant enfin les privilèges non pas de la classe moyenne dont une partie est bel et bien au bord de l'asphyxie après cinq ans de crise, mais de l'aristocratie économique, ces ultra-libéraux majoritairement (doux oeuphémisme...) flamands qui ont littéralement porté la N-VA au pouvoir.
Sauts d'index, défiscalisation, mise sur la touche des syndicats, révision des normes salariales... tout fait déjà et fera encore farine à l'impitoyable moulin de la N-VA pourvu que le "pays en sursit" tourne. Et que, dès lors, les échanges commerciaux avec les futurs voisins de l'Etat flamand, soient florissants. Lequel n'aurait plus à "jeter par les fenêtres" son bel argent en venant en aide, solidairement, aux assistés, aux fainéants et aux immigrés de l'autre Communauté.
Et tant mieux si, le succès aidant, la N-VA peut contribuer à renverser la vapeur politique de ce côté-ci de la frontière (jusqu'à présent linguistique) et amener la droite francophone à réaliser un score à tout le moins égal à celui du PS. Son meilleur ennemi, son meilleur agent électoral.
On n'ose croire que le MR est dupe de ces manoeuvres cousues de fil bleu. Ou se croit en mesure d'arrêter la mécanique bien huilée des nationalistes du Nord. On sait que dans la coulisse du parti libéral, certains ténors ne sont pas dupes. Mais il est décidément fascinant de constater comment un parti qui se dit attaché à la Belgique fédérale fait en réalité le jeu du dépeceur déclaré de ce Royaume, au prétexte de partager ses convictions socio-économiques. Et pendant ce temps là, les maîtres d'hier, repliés sur leur Régions, se refont à toute vitesse une virginité. Ils hurlent, mobilisent mais, pris à la gorge, font tranquillement le ménage dans les compétences "inutiles": enseignement, culture et environnement ; sans que personne ou presque n'élève la voix. Ah ! c'est qu'il ne faudrait pas se tromper d'ennemi...
Dans cette situation explosive, la question n'est donc pas comme on le répète ad libitum ces derniers jours "combien de temps la majorité suédoise va-t-elle tenir" ?". Mais : dans combien de temps le "chaudron belge", pour reprendre le titre épatant d'un petit bouquin paru il y a une trentaine d'années (2), va exploser ? A tous les étages.
(1) Fraichement réélu pour un 4è mandat qui en fait une sorte de président à vie au même titre que... Di Rupo au PS, le parallèle est assez troublant.
(2) Charles Bricman, "Le chaudron des Belges", Editions Jacques Antoine.

dimanche 16 novembre 2014

La N-VA est-elle un parti d'extrême droite ?

 Opinion de Guy Fonteyn - journaliste flamand


La N-VA est-elle un parti d'extrême droite ?

Ceci n'est pas une déflation ...

 L'echo 15/11/2014

Ceci n'est pas une déflation, c'est beaucoup plus grave



C'est le titre du nouveau livre de Bruno Colmant, un ouvrage sous-titré " Carnets de notes d’un économiste 2014 ". Le tout joliment illustré en couverture par Kroll.

Publicité

Ce recueil de chroniques de Bruno Colmant aux éditions Anthemis est en téléchargement gratuit sur notre site en cliquant ici. Le membre de l'Académie Royale de Belgique y est-il pessimiste ?  télécharger le livre de Bruno Colmant

Décrypter BDW et la NVA - par Guido Fonteyn

Le journaliste flamand Guido Fonteyn a passé plus de vingt ans de sa carrière comme correspondant du "Standaard" en Wallonie.
Le journaliste flamand Guido Fonteyn a passé plus de vingt ans de sa carrière comme correspondant du "Standaard" en Wallonie.


    • 09 septembre 2014 13:31


    Le journaliste flamand Guido Fonteyn a passé plus de vingt ans de sa carrière comme correspondant du "Standaard" en Wallonie.
    Aujourd’hui retraité, il a regagné Bruxelles, où il se sent chez lui. Son regard sur la Flandre et la situation politique inédite qui se prépare actuellement est implacable. Sa certitude: Bart De Wever attend son heure à Anvers et la philosophie de la N-VA est d’extrême-droite.
    Pourquoi Bart De Wever n’est-il pas devenu ministre-président de Flandre?
    Il ne veut pas être ministre-président flamand parce qu’il mise sur la fin de la Belgique. Il laisse faire les autres et attend son heure à Anvers. C’est pour cela que la N-VA a mis un type assez insignifiant, Geert Bourgeois, à la tête de la région flamande.
    C’est aussi pour cela que la N-VA, qui a largement gagné les élections du 25 mai, ne veut pas prendre la main au fédéral?
    C’est le fond du problème: pourquoi Bart De Wever reste-t-il dans sa maison communale d’Anvers? Et pourquoi la N-VA ne veut-elle pas du poste de Premier ministre? Cela fait partie de la "verrotting strategië", de la stratégie de pourrissement. C’est voulu. La N-VA a choisi le partenaire le plus faible en Wallonie, le MR, pour provoquer à moyen terme une révolte du côté francophone. Un jour, le PS devra sortir de sa réserve. Et quand le PS attaquera le gouvernement de front, Bart De Wever et la N-VA diront qu’aucune stratégie n’est possible avec la Wallonie. Et la N-VA plaidera pour un "Staat van Vlaanderen", un État flamand dont la capitale sera Anvers.
    Et Bruxelles, qui a toujours été le nœud du problème belge?
    Ils s’en moquent. La N-VA n’a aucun intérêt pour Bruxelles. C’est trop compliqué. Elle en ferait un district international, francophone. D’ailleurs, il n’y a aucun Bruxellois de poids à la N-VA. Bart De Wever ne veut pas scinder la Belgique pour des motifs culturels ou linguistiques, mais pour instaurer un gouvernement fort et basé sur les intérêts d’une élite. Les thèses de la N-VA ne sont pas celles de la Volksunie. Anciaux et les autres de la VU en avaient fait un parti flamand engagé mais qui voulait améliorer le sort de tous les Flamands. Pour la N-VA, seuls comptent les "beteren", les meilleurs, une élite de naissance ou au mérite. Il n’y a rien de "gauchiste" dans la N-VA.
    "Bart De Wever ne veut pas scinder la Belgique pour des motifs culturels ou linguistiques, mais pour instaurer un gouvernement fort et basé sur les intérêts d’une élite."
    En effet, ce sont même des thèses très à droite…
    La N-VA est un parti d’extrême-droite, à la fois sur le plan social il y a l’élite et puis les autres — et sur le plan économique on supprime les subsides, on limite les allocations de chômage dans le temps, etc. Et Bruxelles ne fait pas partie de l’élite, mais des "autres". Pour la N-VA, la "nouvelle Flandre" est une société thatchérienne. Il faut lire l’interview donnée à "Knack" par le président du KVHV Antwerpen, un cercle d’étudiants catholiques, Wouter Jambon. Oui, le fils de Jan. Il déclare notamment qu’il faut en finir avec l’idée que les études supérieures sont accessibles à tous. C’est ce cercle qui a formé De Wever, Jambon, Homans… Ces gens font une différence entre l’élite et le reste du peuple. On voit déjà la politique du gouvernement flamand qui veut augmenter le prix des écoles… C’est la grande idée de Thatcher.
    Ce n’est pas l’influence du Vlaams Belang?
    Non. La N-VA a attiré de nombreux électeurs du Vlaams Belang. Cela explique ses bons résultats électoraux. Mais la dérive droitière vient du KVHV.
    Est-ce que le MR est conscient de cette dérive de l’un de ses futurs partenaires?
    Le MR se retrouve dans le programme économique de la N-VA. Mais c’est une réflexion à court terme. Il n’a pas compris que la N-VA mise toujours sur la fin de la Belgique et table sur le processus de pourrissement. La N-VA ne veut pas sauver la Belgique. Même si le Premier ministre est Charles Michel et même s’il est bilingue, cela ne fait aucune différence pour la N-VA.
    "Quand le PS attaquera le gouvernement, Bart De Wever dira qu’aucune stratégie n’est possible avec la Wallonie."
    Cela dit, il fallait des francophones dans cette coalition…
    Je comprends la réaction du MR. C’est une occasion unique, même peut-être d’avoir le poste de Premier ministre. Ils ont été éjectés des majorités régionales et communautaire. Les régions mènent de plus en plus leur propre vie et ont des stratégies différentes. Cela a commencé tout de suite, avec la Communauté germanophone, qui a formé une majorité sans le cdH. Mais il ne faut pas y voir le déclencheur ce qui s’est passé par la suite. Chaque entité a désormais sa propre motivation.
    Et le CD & V, comment vit-il sa future cohabitation avec des partis de droite?
    Le CD & V se rend compte petit à petit que cette situation n’est pas confortable et donc ne revendique plus le poste de Premier ministre pour Kris Peeters. Il comprend qu’il fait le jeu de la N-VA. Le refus du poste de Premier ministre peut être le signe que le CD & V veut prendre ses distances. À l’aile gauche du CD & V, l’ACW (le mouvement ouvrier chrétien flamand) ne pourra pas toujours se cacher derrière le règlement de l’affaire Arco (les coopérateurs qui ont tout perdu dans la déconfiture de Dexia, Ndlr). Eux aussi vont sortir du bois. À l’ACW, il y a une nouvelle génération syndicale qui n’a rien à voir avec Arco.
    Tous les électeurs de la N-VA sont-ils d’extrême-droite? Ou est-ce comme en France où des ouvriers votent pour le Front national?
    Les Flamands qui ont voté pour la N-VA commencent à comprendre que c’est devenu un parti d’extrême-droite. Il y a trois ou quatre ans, j’ai donné une conférence à Turnhout devant des syndicalistes de l’ACW. On y dévoilait un sondage sur la question "Qui parmi vous a voté N-VA?". Eh bien, 60% des présents avaient voté N-VA! Et ce sont des gens de gauche… Ils doivent commencer à réfléchir.
    Est-ce que les choses auraient été différentes si le cdH avait accepté d’aller dans la coalition?
    Lutgen n’a pas confiance dans la N-VA. Le cdH a probablement eu raison de ne pas aller au fédéral et de se mettre un peu à l’écart.



    Source : L'Echo
    http://www.lecho.be/economie_politique/belgique_federal/La_N_VA_est_un_parti_d_extreme_droite.9542766-3154.art 

    jeudi 23 octobre 2014

    Lettre ouverte au PS

    Lettre ouverte au PS

    21/10/2014

    Mesdames Messieurs du PS,

    Ces dernières semaines, j'ai peur, et je pense que vous pouvez comprendre pourquoi. L'avènement du gouvernement Michel a déjà provoqué de multiples tollés, à cause de certaines réformes qu'il s'apprête à entreprendre. Cependant, ce ne sont pas ces réformes qui provoquent ma crainte. Mais plutôt cette propagande, à laquelle j'assiste avec stupeur, et qui suit le rejet dans l'opposition du Parti Socialiste, présent au gouvernement fédéral depuis plus de vingt ans.

    Une propagande qui débute par une chasse aux sorcières, le jour de présentation, au nom de laquelle vous transformez l'hémicycle en champ de foire, rendant impossible tout débat constructif. Il n'est pas question ici d’amnistier les propos du ministre Francken, mais ceux-ci datant de 2007, pourquoi avoir attendu tout ce temps pour les condamner, sans jamais avoir remis en question sa présence sur les listes électorales de la NVA ? Pourquoi semer le doute sur l'intégrité de ce nouveau gouvernement qui, bien qu'ayant (à priori) des idéaux différents des vôtres, n'en est pas moins aussi démocratique que vous ? Pourquoi ne pas simplement respecter le choix de la majorité des Flamands, vous qui représentez la majorité des francophones ?

    Une propagande que vous déroulez, via vos intermédiaires syndicaux, sous la forme de grandes manifestations nationales à prévoir. Vos intermédiaires qui, à présent, se conduisent en véritables hooligans au devant du siège de votre rival politique. Si la manifestation est un mode d'expression, la détérioration matérielle volontaire consiste bien en un acte répréhensible.  Pensez-vous toujours, depuis le temps que vous pratiquez cette méthode, que les problèmes socio-économiques se règlent en bloquant le pays de manière soutenue, forcée et répétée ? Quel est le but, si ce n'est d'imposer votre vision de diriger le pays ?

    Une propagande qui, enfin, continue, sous la forme d'un film publicitaire intitulé "Le gouvernement MR-NVA coupe dans votre portefeuille", qui n'a d'autre but que de dénigrer l'opposant. Une campagne qui sous couvert de son côté décalé, se permet d'être ouvertement calomnieuse, en plus d'étaler une flagrante carence argumentaire.

    L'index et la retraite, vous n'avez plus que ces mots-là en bouche, sans jamais trouver le temps d'approfondir la cause et le but de ces réformes. Sans jamais émettre de solution alternative. Par ailleurs, je serais curieux de savoir pourquoi vous vous êtes si rapidement mis hors-jeu des négociations fédérales. Peut-être parce que vous saviez que l'équilibre budgétaire passerait tôt ou tard par ces réformes ingrates et impopulaires, que par simple souci d'image de marque, vous n'avez pas voulu prendre vous-mêmes?

    L'index et la retraite, vous n'avez plus que ces mots-là en bouche. Vous n'ignorez pas que l'accord gouvernemental contient d'autres solutions destinées à renforcer le pouvoir d'achat, mais vous ne les mentionnez jamais. Sans doute parce que c'est là que vous pouvez le plus aisément jouer avec la crainte des citoyens. Pourtant, les travailleurs ne gagneront pas moins d'argent, vous le savez. Et la réforme des pensions permettra au moins la pérennité de celles-ci. Pourquoi continuer à marteler nos oreilles avec le sempiternel "Les riches volent aux pauvres", alors que vous savez que la réalité est bien plus compliquée que cette affirmation aussi simplette que démagogique ? Au nom de quelle logique désapprouvez-vous  la prise de mesures austères, vous qui en imposez au niveau régional ?

    Pourquoi vous accaparer le social comme s'il s'agissait de votre monopole,  oubliant volontairement que jadis, vous n'avez rien fait pour sauver Renault Vilvorde, Ford Genk ou Arcelor-Mittal, etc ? Avez-vous seulement déjà fait quelque chose pour les petits travailleurs que vous prétendez défendre, hormis les bloquer en légitimant de nombreuses grèves sans fondement ?

    Ces dernières semaines, j'ai peur, et je pense que vous pouvez comprendre pourquoi. J'ai peur pour la démocratie de mon pays, menacé par une opposition qui n'accepte pas son nouveau rôle. Une opposition qui mène campagne pour expliquer que sa place est au pouvoir, et nulle part ailleurs. J'ai peur pour ma liberté, que la majorité actuelle ne menace pourtant pas, mais au nom de laquelle vous agissez de manière si abrupte. J'ai peur pour la stabilité de mon nouveau gouvernement, que je ne soutiens que parce que vous souhaitez sa perte. A croire que vous seriez prêts à sacrifier l'unité du pays pour servir votre intérêt personnel. 

    Mesdames Messieurs du PS, acceptez le fait que vous n'avez pas main mise sur le pouvoir dans ce pays. Et vu le temps que vous y avez passé, si vos idées et actions étaient si performantes, ça se saurait. 

    lundi 22 septembre 2014

    Michel Onfray, le nouveau paria de la gauche Dimanche 21 Septembre 2014

    Depuis un tweet sur la "théorie du genre" et quelques déclarations sur France inter, Michel Onfray est devenu un traître à la cause, véritable paria de son camp. Le philosophe est désormais qualifié de réactionnaire ou de "Finkielkraut bis" par des médias plutôt marqués à gauche et qui s'érigent en gardiens du temple de la pensée — de gauche — autorisée. 

     

     http://www.marianne.net/Michel-Onfray-le-nouveau-paria-de-la-gauche_a241452.html?TOKEN_RETURN

    vendredi 20 juin 2014

    Célibataire : choix ou obligation ?

    Le célibataire vit un face-à-face quotidien avec lui-même. Est-il possible de s’épanouir et d’exister pleinement sans cette référence à l’âme sœur qui structure habituellement le socle familial ?


    http://www.levif.be/info/actualite/sante/celibataire-choix-ou-obligation/article-4000665100269.htm?nb-handled=true&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter-RNBDAGLV&utm_source=Newsletter-20/06/2014

    jeudi 19 juin 2014

    Spéculer sur les produits alimentaires aggrave la faim dans le monde



    Six ONG, à savoir ,
    SOS Faim, CNCD, 11.11.11, Financité et Fairfin, demandent au futur
    gouvernement de s’engager à interdire les fonds spéculatifs sur les
    matières premières agricoles.



    Le 18 juin dernier, cela faisait exactement un an que six ONG belges
    (Oxfam, SOS Faim, CNCD, 11.11.11., Financité et Fairfin) ont publié un
    rapport démontrant que la majorité des grandes banques actives dans
    notre pays étaient impliquées dans la
    sur les produits alimentaires. Elles ont identifié des fonds
    incriminants chez Axa, Belfius, ING, ABN Amro, Deutsche Bank et BNP
    Paribas Fortis, pour un total de 3,7 milliards.



    Spéculer sur les produits alimentaires aggrave la faim dans le monde

    mardi 17 juin 2014

    Delhaize et le Mundial: réflexions d'un évêque émérite


    Delhaize et le Mundial: réflexions d'un évêque émérite



     Delhaize et la Coupe du monde de football au Brésil ont fourni l'essentiel de l'actualité de ces derniers jours. Mgr Jousten, évêque émérite de Liège, a souhaité y réagir. Il nous livre ici ses réflexions.
    "Un fameux tonnerre dans le ciel belge : 2500 emplois menacés (ou déjà perdus ?) chez Delhaize. Les commentaires des journalistes soulignent la concurrence sur le marché belge. Est-elle plus grande que dans d’autres pays ? Si oui, est-elle due à la prolifération des supermarchés ? Quelle est la préoccupation du législateur ? A chaque nouvelle ouverture, je m’étonne d’un paradoxe à mes yeux évident : le nombre des surfaces augmente et les Belges dépensent toujours moins d’argent pour l’alimentation (y compris les restaurants et les fast-foods ?). J’ai l’impression que les politiques voient en premier lieu le nombre d’emplois potentiels annoncés et promis par les auteurs de tels projets. N’est-ce pas se leurrer ? Car si on dépense moins pour l’alimentation, il est même plus que probable que la multiplication des surfaces risque de mettre à mal les promesses faites par les investisseurs. On n’achète tout de même pas pour faire plaisir aux magasins… Ne faut-il pas reconnaître un jour que le marché est saturé ?
    Certains diront qu’il est temps d’éduquer les consommateurs pour qu’ils veillent plus à la qualité des marchandises de consommation. Les prix les plus bas sont-ils liés à une baisse de qualité ? Test-Achat et d’autres ont bien leur rôle à jouer dans une telle constellation.
    Un autre aspect de la décision  de Delhaize m’inquiète tout autant, sinon plus encore, vu la dimension mondiale du phénomène : la recherche du profit comme premier objectif de l’entreprise. L’Eglise (le Pape, les évêques de Belgique et bien d’autres instances) ne cessent de dénoncer pareille évolution de l’économie mondiale. De plus en plus, les finances dominent l’économie et le politique. Où reste alors l’utilité sociale de l’entreprise ?  Si le profit (financier) est le premier objectif de la "société anonyme" (terme bien significatif !), les ouvriers, les employés, les cadres et les consommateurs ne sont-ils plus que des pions sur un échiquier, dont on dispose comme on veut ?
    "L’humanité n’est pas une société anonyme"Le Mundial, la Coupe du monde vient de commencer au Brésil. Une enquête a révélé que 57%  des Brésiliens craignent plus de préjudices que d’avantages pour leur pays. Dépenses faramineuses de l’Etat, corruption de la FIFA – tout tourne autour de l’argent. Quel sera l’effet durable des investissements quand on les analyse sous l’angle de l’intérêt général ? Dans les villes où auront lieu les rencontres sportives, les jeunes sont menacés d’abus sexuels. Dans quel monde vivons-nous ?
    L’humanité n’est pas une société anonyme: chaque être humain a un nom et une dignité inaliénable. Les politiques sont tous responsables du respect de cette dignité et de la promotion du bien-être de tous – en Belgique, au Brésil, dans le monde entier.
    + Aloys Jousten

    mardi 15 avril 2014

    Subventions à la culture, ou subventions à l'enseignement de la culture ?

     
     
    Victor Ginsburgh Qu’est la culture devenue dans notre monde où semble primer la seule rentabilité ? Peu de choses. Sans doute parce qu’elle n’est plus enseignée. Ce que déplore Victor Ginsburgh, spécialiste de l’économie de la culture.

    Il y avait ce matin sur la première à la RTBF une interview de Caroline Lamarche avec, comme l’écrivait Boris Vian, tous les beaux mots : “âme, art, culture” et Hamlet qui est représenté ce soir à Anvers dans le cadre d’une défense de la culture et des artistes. Lisez le manifeste Pas en notre nom (1).

    Et puis il y a eu, tout de suite après, une interview de Guillaume Musso, avec les mots qui lui restaient, comme l’écrit le même Boris : " Je, moi, série américaine, bande dessinée ".

    Comment peut-on rapprocher les mots " industrie " et " culture " ?

    Mélange de genres ! Comment voulez-vous, chère RTBF, que l’on s’y retrouve ? Vous devez parler de tout, mais pas en même temps, et il est assez évident que parler d’un auteur qui vend des millions d’exemplaires de ses ouvrages, traduits en 36 (ce nombre n’est pas inventé, je l’ai entendu ce matin) langues et d’une écrivaine qui suggère d’aller voir Hamlet, on sait ce qu’un(e) jeune ou moins jeune choisira.

    Qui, à l’école entend encore parler d’Hamlet, de Don Giovanni, de Cervantès, de la Grèce Antique, de Michel-Ange, ou d’Hugo van der Goes ?

    Je pense qu’il est grand temps de changer l’approche misérable que l’on essaie de nous inculquer de ce qu’on appelle aujourd’hui " culture ", aidés magistralement en cela par la Commission Européenne : " fric, industries créatives, commercialisation, efficacité, entreprenariat ". Allez voir l’inanité du Livre Vert de la culture européenne intitulé " Libérer le potentiel des industries culturelles et créatives " (2). Comment peut-on rapprocher aussi intimement les mots " industrie " et " culture " ?

    Je pense qu’il est généreux mais pas tout à fait correct, comme le font les artistes dans leur manifeste, de demander plus de subventions pour l’art et les artistes. Ce qu’ils devraient défendre c’est plus de subventions à l’enseignement de la culture à l’école.

    Enseigner la culture

    C’est ce que nous apprennent toutes les enquêtes qui essaient de mesurer les effets de l’éducation sur la participation des citoyens aux activités artistiques. Une étude un peu vieillie (3) — mais les résultats seraient les mêmes aujourd’hui — qui porte sur 12.700 interviews montre que parents et école sont indispensables et mieux, renforcent leurs effets pour amener un jeune à participer à des activités culturelles. Mais que peuvent faire les parents s’ils n’ont eux-mêmes pas reçu l’éducation qu’il fallait ? Et l’on perçoit immédiatement que la situation ne peut que se dégrader de génération en génération.

    J’ai écrit plus haut " qu’il n’était pas tout à fait correct de demander plus de subventions pour l’art et les artistes ". Il est vrai que dans la situation où nous sommes, il est presque trop tard et dans l’immédiat, c’est sans doute ce qu’il faut faire. Mais si les pouvoirs publics voulaient augmenter les subventions à l’enseignement de la culture, ils pourraient, à terme, réduire celles qu’ils accordent à la culture elle-même, et laisser le consommateur décider s’il préfère Hamlet à Musso.

    Parce que ce n’est pas à nos gouvernants qu’il faut laisser le soin de choisir non plus. Ils n’y connaissent d’ailleurs rien. Un journaliste, grand connaisseur d’opéra, m’a récemment raconté qu’après Giscard d’Estaing (qui a régné de 1974 à 1981) aucun Président de la République Française ne s’est plus rendu à l’Opéra à Paris. Même pas Mitterrand.

    Victor Ginsburgh, ancien professeur à l’ulb

    Economiste, Victor Ginsburgh, est un des spécialistes de l'économie de la culture. Il a consacré à cette matière un manuel en anglais écrit en collaboration avec D. Throsby dont le deuxième volume en préparation. Il est aussi l’auteur d’un blog qu’il anime avec Pierre Pestieau.

    (1) Malheureusement, je dois noter que le texte du site est constamment recouvert par des images de publicité. Signe des temps!

    (2) http://ec.europa.eu/culture/documents/greenpaper_creative_industries_fr.pdf

    (3) Louis Bergonzi and Julia Smith, Effects of Arts Education on Participation in the Arts, Research Division Report 36, National Endowment for the Arts, 1996.